Un vieux m'a demandé si j'voulais pas l'aider à traverser la route, il était aveugle à moitié.
Il m'a dit c'est la gestapo au temps de la torture tirant sur son manteau qu'avait passé sous une voiture.
Plus tard au bar du Dôme, à Montparnasse, j'ai vu dans un miroir la casquette d'Hitler derrière un verre de bière, sa croix gammée en l'air, sa moustache et sa mèche de travers, avec ce bruit d'bottes toujours derrière.
C'était en l'an 2000 déjà et moi j'avais dans les mains un grand seau de larmes de larmes, un grand sceau de larmes.
L'oeil d'Picasso pleurait l'Espagne derrière un grand verre de champagne.
Ses pinceaux flottaient dans du rouge quand Lorca s'est fait fusiller comme bien plus tard Martin Luther le King Noir des ghettos d'Harlem.
En 63 en plein Dallas c'était l'tour de John Fitzgerald.
C'était en l'an 2000 déjà et moi j'avais dans les mains un grand seau de larmes de larmes, un grand seau de larmes.
Mon village était tout foutu deux autoroutes passaient pard'ssus l'béton dégueulait sur les arbres les p'tit oiseaux ne chantaient plus.
Ma mère recousait ses sourires comme des souvenirs d'enfance en disant Mon Dieu c'que ça change on n'peut même plus vieillir en paix.
Sa maison avait disparu, tout est tombé dans la poussière un soir de clair de terre depuis la lune où l'on creusait nos tout premiers cimetières.
Pendant qu'en Israël en six jours toute une ville avait disparue au Liban plus de Palestine un village avait disparu.
L'O.N.U. préparait les tartines pendant qu'l'lrlande et l'Angleterre même les enfants se tiraient d'ssus pendant qu'Amin au carnaval roulait ses galons d'Cannibale, pendant qu'partout c'était du même avec un clou dans chaque poème avec une balle dans chaque problème.
Le vieux «a» passé sous une voiture en criant : «Au Secours».
Personne n'avait voulu l'aider à traverser l'amour comme au temps de la gestapo au temps de la torture on l'a r'couvert de son manteau là tout près d'une boîte à ordures.
C'était en l'an 2000 déjà et moi j'avais dans les mains un grand seau de larmes de larmes, un grand seau de larmes.
L'oeil de Lénine fixait la reine, à Léningrad riait Staline, il buvait d'l'URSS comme d'la vodka déjà bien avant Budapest.
Alléluia criait papa en sortant fou d'rage de l'usine on les aura tous aux cuisines, oubliant Mao et la Chine la psychiatrie et la morphine, la force de frappe et l'héroïne.
Avec la voix off de Chaplin Dylan chantait : «Times they are changing».
On dansait des tangos d'époque plus à Paris qu'en Argentine, même à Rome on dansait du Rock alors que l'pape disait non à la pilule pour les copains pis les copines.
Marx errait tout seul en frappant sur le tambour de sa doctrine, Einstein swingait relativement les Blues de Gerschwin à quatre temps en Amérique loin des Allemands.
Y'avait beaucoup trop d'sang dans la rue...
Plus tard au bar du Dôme, à Montparnasse, j'ai vu dans un miroir la casquette d'Hitler derrière un verre de bière, sa croix gammée en l'air, sa moustache et sa mèche de travers avec ce bruit d'bottes toujours derrière.
C'était en l'an 2000 déjà et moi j'avais dans les mains un grand seau de larmes de larmes, un grand seau de larmes.
J'ai vu tout l'cinéma muet le noir et blanc des frères Lumière comme après la guerre en couleur pendant qu'sur fond bleu italien les bulles d'époque de 1900 dev'naient plus tard des bulles de sang.
La caméra sur Guernica giclait dans l'air de Santiago pendant qu'mourraient Alliende comme Néruda, les indiens jouaient à cache-cache dans les westerns vendus «cash» leur propre histoire à coup de hâche, à coup de hâche à coup de hâche.
Un producteur pensait dollars les évèn'ments rapportaient gros à peine avaient-ils existé qu'on les foutait sur du papier, sur tous les écrans des Boul'vards dans tous les films de Babylone.
Un balladin avec une gomme au milieu d'millions de bobines courait après l'image comme on court après la vie alors que sous l'orage, le vieux fut enterré près du cimetière à voitures où il fut torturé en 42 sur la figure.
II m'a dit c'est la gestapo au temps de la torture puis il m'a dit encore, serrant mon bras très fort, pourvu qu'vous n'voyez jamais ça mon p'tit !